CLub de l'Histoire de l'Anesthésie et de la Réanimation

Contribution de Claude Bernard à l’Anesthésie

Rossignon Marie-Dominique

  mise en ligne : dimanche 16 mars 2008


Dès 1850, Claude Bernard ( 1813- 1878 ) établit les bases physiologiques de l’anesthésie, en lui appliquant sa fameuse " méthode expérimentale ". Il donna, au Collège de France de 1871 à 1875, ses "Leçons sur les anesthésiques et l’asphyxie".

M.D.Rossignon
Département d’Anesthésie-Réanimation - Hôpital de la Pitié-Salpétrière


Dès la première, il s’exclama : <> . A ses yeux, << l’étude des propriétés physiologiques diverses des agents anesthésique ou contentifs est bien plus important,..., et surtout plus difficile que celle du mode d’application de ces agents...>>.

Il put, au cours de ces exposés, affirmer, grâce à ses célèbres expériences sur les batraciens, l’effet neurotrope central du chloroforme et de l’éther. : <>.

Il décrivit une de ses ingénieuses expériences, réalisée sur deux grenouilles. Le premier batracien avait la partie antérieure du corps complètement immergée dans le chloroforme alors que seule la partie postérieure du second subissait le même sort. Après quelques minutes de ce traitement, les deux animaux étaient profondément anesthésiés. Reprenant l’expérience précédente, il ligaturait les appareils circulatoires au milieu du corps des animaux. Dans ces conditions, seule la grenouille dont la partie supérieure du corps était plongée dans le bain chloroformé présentait des signes de sommeil anesthésique.
Claude Bernard en déduisit que << c’est sur le système central que s’exerce l’action du chloroforme et de
l’éther, et si l’anesthésie des centres nerveux enlève leur sensibilité aux nerfs périphériques dont l’origine a été touchée, tandis que l’inverse ne se produit pas, c’est que l’action du chloroforme sur l’extrémité périphérique ou le tronc des nerfs était impuissante à produire une anesthésie généralisée. >>
Il expliqua, en outre, que cet effet neurotrope, quelle que soit sa voie d’administration, exigeait de l’agent anesthésique des concentrations sanguines suffisantes : < mais qu'il n'y en a pas assez pour que l'action persiste.>>.

Dans la cinquième leçon,, il énonça ce qui semble bien être la première conception unitaire de l’anesthésie,
<< Un processus cytoplasmique général et réversible Rappelons que le chloroforme n’agit pas uniquement sur les éléments nerveux, loin de là, cet agent porte en réalité son action sur tous les tissus, il atteint chaque élément à son heure, suivant sa susceptibilité L’effet se manifeste sur les autres tissus après qu’il s’est manifesté sur le tissu nerveux, le plus délicat de tous. L’anesthésique n’est donc pas un poison spécial du système nerveux : il anesthésie tous les éléments, tous les tissus en engourdissant, en arrêtant momentanément leur irritabilité nutritive.>>.
Cette conception reposait fondamentalement sur l’altération diffuse et provisoire des fonctions de toutes les cellules.

Dès le début des années 1860, Claude Bernard se passionna pour l’étude de l’opium et de ses différents alcaloides.
En 1864, il constata, chez un chien, la potentialisation de 1’action du chloroforme par la morphine, puis, comme à son habitude, démontra par une succession de réflexions et d’expériences rigoureusement conduites, que cette
potentialisation n’était pas le fruit du hasard. Logiquement, il énonça les principes de l’anesthésie combinée et de la prémédication :
< d'abord la morphine en injection sous-cutanée ou autrement, puis en administrant le chloroforme qui agit alors en quantité beaucoup plus faible. On obtient ainsi l'anesthésie sans avoir à traverser une période d'agitation aussi intense, et surtout sans courir des risques d'accidents que peuvent produire des doses élevées et répétées de chloroforme.>>.

A la recherche de moyens de contention pour ses animaux de laboratoire, il étudia pendant une dizaine d’années les curares. De ses expériences, il fit un résumé, en 1850, devant la Société de Biologie : <> Il est perrnis, même aujourd’hui, d’admirer la clarté, la simplicité et la précision de cette note. Si Claude Bernard conclut à une interruption entre le nerf et le muscle, il n’émit pas l’hypothèse de l’existence de la plaque motrice, décrite quelques années plus tard par Kunne.

Le génie de Claude Bernard se manifesta encore lorsqu’il décrypta l’action dépressive des curares sur les ganglions périphériques autonomes. :
<< A des doses extrêmes, le curare est susceptible de supprimer l’effet inhibiteur sur le coeur et la tension artérielle que produit, chez le chien, l’excitation électrique périphérique du pneumogastrique. A dose suffisante, l’action du curare sur le système nerveux est celle de la nicotine. >>.
.Ayant estimé la durée de vie de certains curares, il assurait à ses animaux curarisés, une ventilation assistée suffisante à leur survie.
Ainsi, dès 1855, Claude Bernard avait établi un protocole d’emploi des curares pour ses expériences, 100 ans avant leur utilisation chez l’homrne en pratique clinique. Claude Bernard aurait pu, ainsi que l’a écrit Campan, trouver dans l’anesthésiologie un terrain neuf, brûlant et privilégié où faire immédiatement passer dans les faits son projet de médecine expérimentale.


Bibliographie.


- Bernard, Claude : Leçons sur les anesthésiques et sur l’asphyxie, Paris, J.B. Baillère, 1875.
- Bernard, Claude : Introduction à la médecine expérimentale, Paris, J.B. Baillère, 1865.
- Bernard, Claude ; Leçons sur les effets des substances toxiques médicamenteuses, Paris, J.B. Baillère, 1857.
- Blanc, M. : Vie et oeuvre de Claude Bernard , Thèse pour la faculté de Médecine de Paris XI - Kremlin - Bicêtre, 1990, n°5080.
- Wajnberg, J. : Que reste-t-il d’actuel sur les écrits de Claude Bernard ?, Thèse de la Faculté de Médecine de Paris-Créteil, 1979 n°19