CLub de l'Histoire de l'Anesthésie et de la Réanimation

Hôtel-Dieu de Poitiers - Protocoles d’Anesthésie - 1936 - 1940

Ariès Jacques

  mise en ligne : vendredi 28 mars 2008


L’analyse d’une série continue d’anesthésies permet une plus juste approche de la réalité quotidienne que l’analyse des Traités ou des articles (1). La première série de patients anesthésiés retrouvée à Poitiers couvre septembre 1936 - juin 1940. La rubrique "d’anesthésie" est remplie dans 94 % des cas. Les mentions sont soit le nom du produit, soit le nom de la technique, soit encore la notification de l’abstention.

2 626 malades ont fait l’objet d’une intervention dans les 2 blocs opératoires de l’Hôtel-Dieu de Poitiers, principalement pour des actes chirurgicaux (93%). La moyenne d’âge est de 35 ans (+/-19) et seulement 15 % des patients ont plus de 60 ans. Il y a plus d’hommes que de femmes (57%). La proportion d’anesthésie générale est de 74%. Le protocole préférentiel est l’anesthésie à l’éther. L’âge et, sans doute (car difficile à estimer), la gravité de la pathologie causale semblent être les paramètres essentiels des indications de la technique. L’anesthésie au chloroforme est l’anesthésie des nourrissons, la rachianesthésie et la locale celles des plus de 60 ans.

Le pourcentage de décès est de 4,8 % et apparaît pour les décès J0-J3 (42%) entièrement lié à la pathologie causale et à l’état du malade.

Les façons de faire sont identiques pour les différents chirurgiens qui exercent à cette époque, et sont peu modifiées par des événements exceptionnels comme le quadruplement de l’activité du bloc opératoire lors de l’exode et du bombardement. Cela signifie qu’ils ont une logique et qu’ils s’y tiennent.

Leur palette de moyens est relativement limitée, ils ne sont pas très novateurs et n’ont pas l’air d’avoir été intéressés par l’anesthésie intraveineuse, mais il s’agit peut être d’un problème de moyens, car bien qu’il l’ait un peu pratiqué, on ne retrouve pas de mentions de l’évipan dans les cahiers de dépenses de la pharmacie.

Si l’indication du protocole semble appartenir au chirurgien, l’acte technique, pour les anesthésies par inhalation, appartenait à un personnel dûment identifié, dont la place au bloc opératoire nous est connu par un poème écrit par un étudiant et s’avère importante...


1. Boulanger J.P., Delavois B., Lansade A., Terrier G. Evolution de’anesthésie pédiatrique à Limoges de 1915 à 1955. Cahiers d’Anesthésiologie, 1989 ; 33 : 539-554.