CLub de l'Histoire de l'Anesthésie et de la Réanimation

Les premières anesthésies en Poitou-Charente

Ariès Jacques

  mise en ligne : samedi 19 avril 2008


La naissance de l’éthérisation dans les différents pays a fait l’objet dans notre presse professionnelle d’un certain nombre de travaux recensant les premières anesthésies, travaux qui démontrent que l’application de cette découverte s’est étendue très rapidement.
L’intérêt porté à ce procédé par les Académies scientifiques anglaises et françaises, dont l’influence était alors primordiale, a accéléré la diffusion de la méthode en Europe. L’extension au reste du monde s’est faite par le biais des structures militaires et civiles des Empires, surtout anglais.
O. Secher a recensé les "premières anesthésies connues" (1). En dehors du Royaume-Uni, de la Belgique et de la France, les premières utilisations ont eu lieu en janvier au Canada (18), en Suisse (23), en Allemagne (24), en Russie (25) et en Autriche (27). En février, l’éthérisation est expérimentée en Tchécoslovaquie, en Suède et en Pologne (6), en Espagne (14) , au Danemark (20), aux Pays-Bas (26). Puis c’est le tour de la Finlande (8 mars), de Cuba (10 mars), du Portugal (12 avril) de l’Afrique du Sud (17 avril), de la Malaisie (28 avril), de l’Australie (3 juin), du Mexique (le 15 juin), pour finir en juillet par l’Argentine et la Chine.
En moins d’un an, l’application de la découverte de l’anesthésie générale par inhalation a donc fait le tour du monde. Alors que la traversée des océans s’effectue à la voile, que les transports terrestres se font majoritairement par traction animale (les lignes ferroviaires existent, mais sont très rares), cette rapidité d’appropriation de la méthode inscrit la découverte de l’anesthésie dans les grandes découvertes médicales comme la vaccine de Jenner ou la radiologie de Roëntgen, qui, elles aussi, ont été appliquées extrêmement rapidement.
Deux raisons peuvent faciliter cette propagation : la première est le besoin immémorial d’analgésie tant en chirurgie qu’en obstétrique, en dentaire ou dans certaines pathologies médicales comme le tétanos. La seconde est le produit lui-même, connu des médecins mais pour d’autres applications, facile à se procurer et dont les appareillages peu compliqués au départ, vont assez rapidement se réduite à leur plus simple expression, au moins pendant un temps.

En France la situation a été surtout décrite pour Paris, de façon plus parcellaire pour quelques grandes villes (2,3,4,5) ; l’objet de cette série de communications est d’étudier la pénétration de cette nouvelle technique en province.

LE POITOU-CHARENTES

1. La région et les villes

C’est un ensemble assez disparate, puisqu’il réunit trois régions historiques le Poitou, l’Aunis et la Saintonge. La population s’élève en 1849 à 1 493 824 habitants, soit 4% de la population française. Les 4 grandes villes ne dépassent pas les 30 000 habitants.

2. Les institutions médicales

Les hôpitaux

Le système hospitalier est composé de 1338 hôpitaux et hospices qui reçoivent en 1849 un peu plus de 150 000 malades et indigents. Il dispose de peu de moyens financiers, à tel point que 50 % des établissements ont un revenu inférieur à celui du préfet de la Vienne, par contre les 180 hôpitaux ou hospices situés dans les 86 chefs lieux de département absorbent les 2/3 des revenus globaux, les hôpitaux parisiens à eux seul consommant le _ du revenu hospitalier français, les autres villes étant loin derrière avec notamment 6 % pour Lyon et 2% pour Bordeaux.
La plupart des hôpitaux sont en fait de très petites unités. En Charente, par exemple, il y a 10 hôpitaux ou hospices, le plus grand est Angoulême avec 325 lits, le plus petit Aubeterre avec 3 lits. La rotation est faible en campagne, 151 entrées annuelles pour les 70 lits de Cognac, et plus importante dans les grandes villes avec 1657 entrées à Angoulême. Rapporté au budget hospitalier national, le budget des 10 hôpitaux ne représente que 0,4% du total pour une population représentant un peu plus de 1% de la population française (6).
Du fait de cette situation financière, les hôpitaux ont de gros problèmes de fonctionnement. Les administrateurs ont tout juste la possibilité d’entretenir le capital immobilier légué par l’Ancien régime. Pour survivre, ils sont parfois obligés d’en disposer.
L’essentiel des dépenses hospitalières est constitué par les dépenses de nourriture qui sont d’ailleurs très fluctuantes. Le pain, élément essentiel de cette alimentation voit son prix au kilogramme passer de 30 à 52 centimes entre 1830 et 1837 (7).
Dans ces conditions, la modernisation des hôpitaux, définie par Tenon à la fin du XVIIIème siècle, reste lettre morte. Par exemple, le règlement de 1802 abolissait les lits doubles et préconisait les lits en fer. En 1836, à Angoulême, dans le projet de réfection des salles de vénériens, on prévoit encore des lits doubles (8). A l’Hôtel Dieu de Poitiers, en 1845, l’inventaire du mobilier fait état de 215 lits en bois pour seulement 145 en fer (9).
Ce qui est vrai pour le mobilier l’est aussi pour le personnel. Les médecins sont peu payés, mais en contre partie, leurs astreintes en temps sont faibles et leurs fonctions hospitalières leur confèrent une certaine notoriété, utile dans leur pratique privée. Plus grave est le problème du personnel paramédical. Sous le vocable d’infirmiers et d’employés, on regroupe tout un personnel qui ne présente aucune formation ou compétence particulière. La mobilité des postes est très importante. Ainsi, en 1849, à l’Hôtel-Dieu de Poitiers, pour une quinzaine de postes, il y a 41 entrées infirmiers et 44 sorties (10). Le problème n’est pas propre à la province : en 1843, dans le rapport de la commission médicale des Hôpitaux de Paris, se trouvent les phrases suivantes : " la modicité des gages n’amène près des malades que des gens incapables pour eux des égards et des soins que réclament leur état … pour augmenter leurs appointements, tous les moyens leur sont bons " ( ). La moralité de ce personnel fera l’objet de nombreuses plaintes de la part des malades. A côté de ce personnel laïc, mal payé, logé et nourri avec la malades, il existe un personnel religieux qui n’est pas plus compétent mais qui a l’avantage de la permanence et le mérite de la moralité.

La plupart des hôpitaux manquent de l’outillage indispensable, En 1836, la Commission Administrative des Hospices d’Angoulême va racheter une boite d’instruments chirurgicaux d’occasion ( ). En 1845, à Poitiers, les chirurgiens en sont réduits à utiliser leur propre matériel ( ).
Ce qui est vrai pour le matériel, l’est encore plus pour la salle d’opération. L’article 85 du règlement du service de santé de 1802 prévoyait pour chaque hospice hôpital une salle particulière destinée aux opérations. Quelques années plus tôt, Tenon avait préconisé 3 salles, la première pour préparer le malade, la seconde pour l’opérer et la troisième pour le soustraire aux bruits et aux émanations de la salle commune. Il faudra attendre 1817 pour voir la première salle d’opération en France à la Charité, mais en 1862, tous les hôpitaux parisiens seront pourvus d’un amphithéâtre spécial ( ). A Poitiers, un rapport de 1828 indique que l’Hôtel-Dieu ne dispose pas encore d’une salle réservée aux opérations, la salle existera en 1851 puisque l’inspecteur général la jugera tout à faut convenable ( )
A Angoulême, par contre, on peut localiser la salle d’opération, petite pièce située à la suite de la salle des hommes blessés et juste en face du cabinet d’anatomie… Sur le plan sont dessinés 2 lits, et ont peut donc penser que les malades opérés restent quelque temps dans cette salle. L’hôpital est construit de manière symétrique, et dans l’aile opposée se trouve la salle des femmes blessés, mais là par contre, il n’y a pas de salle d’opération ( ).

Les médecins

La densité médicale, avant 1847, est d’environ 1 médecin pour 1 750 habitants avec une disparité régionale importante ( ). La population française dépasse les 35 millions d’habitants, 80 % de ces derniers habitant en zone rurale. La mortalité infantile est de 16% et l’espérance de vie, homme et femme, se situe aux alentours de 40 ans.
En Poitou-Charentes, la densité médicale varie de 1 médecin pour 1 500 habitants dans la Vienne où il y a une Ecole de Médecine à 1 médecin pour 2 300 habitants dans les Deux Sèvres. En ne prenant en compte que les docteurs en médecine, la densité médicale est identique dans les 4 départements, voisine de 1 médecin pour 2 800 habitants, c’est à dire très proche de la moyenne nationale (1 pour 2 900).
Dans la Vienne, la proportion des docteurs en médecine est de 55 %. La répartition docteurs en médecine et officiers de santé est grossièrement calquée sur le dualisme ville / campagne. 45 % des docteurs en médecine exercent en zone rurale ou exercent la quasi totalité des officiers de santé. A cette époque, 40 % des médecins, les deux classes confondues, ont plus de 30 ans d’exercice. Ils ont été formés pour les besoins des armées de l’Empire, ont exercé sur les champs de bataille et sont revenus à la vie civile entre 1812 et 1817. Il s’agit donc d’un personnel majoritairement formé à la chirurgie.

L’enseignement médical

L’enseignement médical commence à Poitiers en 1432 avec la création de l’Université. Comme la plupart des facultés de médecine de l’Ancien Régime, celle de Poitiers n’aura qu’une faible activité sauf au début du XVIIème siècle. Ultérieurement, d’autres centres d’enseignement médical vont se créer dans la région, Rochefort sur mer avec l’Ecole de médecine navale en 1722, puis dans la seconde moitié du XVIIIème siècle, se créent des cours de sages-femmes à Poitiers ou à Niort et à la fin du XVIIIème siècle des cours de chirurgie notamment à La Rochelle. Tous ces cours sont supprimés en 1793, l’enseignement est réorganisé à l’Hôtel-Dieu de Poitiers en 1806.
Au plan national, en 1847, il existe 3 facultés de médecine (Paris, Montpellier, Strasbourg) et une vingtaine d’Ecoles Secondaires ou Préparatoires dont Bordeaux, Lyon, Besançon et Poitiers.
En 1845 le nombre d’étudiants est de 27 à Poitiers, 32 à Lyon, 36 à Bordeaux et 41 à Besançon, dont la moitié est constituée de nouveaux inscrits. Pour mémoire, à Paris, le nombre d’étudiant est de 839, dont 186 premières inscriptions.

Les sociétés et la presse médicales

En Poitou-Charentes, avant la révolution, il existe une Académie Royale à La Rochelle, académie polyvalente à laquelle participent quelques médecins de la Saintonge. On y trouve également quelques abonnés à l’Encyclopédie de Diderot, mais pas de médecins. Par contre, il existe un tissu assez dense de correspondants de la Société Royale de Médecine, dont le plus célèbre est Gallot. Cette société est l’ancêtre plus ou moins direct de la plupart des sociétés médicales du début du XIXe siècle.
Sous le Directoire, se créée, sous l’impulsion des étudiants, une société savante médicale, la Société d’Emulation, copie de celle de l’Ecole de Médecine de Paris ; elle disparaît avant la restauration. Vingt ans plus tard, naît la Société de Médecine de Poitiers qui se réunit tous les mois et édite un bulletin annuel qu’elle adresse à l’ensemble des médecins du département et aux autres sociétés médicales avec lesquelles elle est en relation. Il existe dans la région Poitou-Charentes, 3 autres sociétés médicales à Niort (créée en 1824), à Rochefort (1837) et à La Rochelle (1840). Ces sociétés éditent leurs travaux de manière très épisodique.
Il n’y a pas de journaux médicaux dans la région.
A l’échelon national, en 1847, selon les travaux de Prigent, 44 sociétés de médecine sont en activité, sans compter les Académies de Sciences et de Médecine. 47 journaux médicaux sont publiés dont les _ à Paris (x). Certains d’entre eux ont une vocation nationale comme la Gazette des Hôpitaux ou encore l’Union médicale.

La presse " grand public "

Les titres sont très nombreux. A l’échelon national, il y a le Moniteur Universel et d’autres publications comme l’Illustration ou le Journal des Savants. Certains des journaux parisiens, comme l’Epoque, ont du avoir une influence nationale. Mais il faut surtout noter l’abondance de la presse politique locale ou régionale, qui outre les données locales reprennent des informations tirées non seulement des journaux parisiens mais aussi de journaux étrangers (surtout anglais). La teneur scientifique des articles sur l’éthérisation que l’on trouve dans ce type de source n’a rien à envier à ceux de la presse médicale.

LA DECOUVERTE

1. L’annonce de la Découverte

A Poitiers, l’annonce de la découverte a du se faire par la presse politique et médicale, car on ne retrouve aucune mention de correspondance particulière entre médecins. Comme presse nationale, il ne reste de cette époque, dans les bibliothèques et les Archives départementales que le Moniteur Universel et l’Illustration pour la presse politique, le Journal des Savants pour la presse scientifique ; par contre, la presse médicale est mieux représentée avec la Gazette des Hôpitaux, l’Union Médicale, le Journal de Médecine et de Chirurgie Pratique.

Le Moniteur Universel a peut-être été un acteur important dans la propagation de cette découverte. Il en fait état le jeudi 14 janvier, dans la rubrique " Nouvelles de l’étranger " en rapportant, sans y ajouter de commentaires, un article du Sun (p. 70)

Samedi dernier, M. Fergusson, chirurgien de l’hôpital de Kings-College, a employé sur trois malades, en présence d’une grande affluence de spectateurs, le procédé de l’insufflation de l’éther pour les rendre insensibles avant de les opérer. Une jeune couturière s’est présentée, elle souffrait vivement d’une fistule ; l’insufflation ayant eu lieu, elle s’endormit au bout de quelques secondes. Alors le docteur perça la fistule sans que la malade manifestât le moindre sentiment de douleur. L’appareil resta dans sa bouche jusqu’au moment où l’insensibilité devint apparente, c’est à dire, immédiatement après l’opération, elle revint à elle-même et déclara à M. Fergusson qu’elle sentait qu’on l’avait opérée, mais n’éprouvait aucune douleur. Deux autres malades ont été opérés avec le même succès, l’un d’eux en revenant à lui a déclaré qu’il avait fait un rêve.
Le même jour, la même expérience a été faite sur un enfant de six ans, par M. MacMurdo, à l’hôpital de Saint Thomas. Cet enfant avait un index scrofuleux ; dès que l’éther eut opéré, le docteur coupa le doigt ; l’enfant n’essaya pas de retirer la main pendant l’opération et quand il revint à lui, il demanda si son doigt état enlevé ; il paraissait l’ignorer ; quand on lui demanda s’il voulait qu’on lui coupât le doigt, il répondit que non. Il est probable que, insensiblement, cette utile découverte sera mise à profit dans tous les hôpitaux du royaume (Sun).

L’Illustration et le Journal des Savants n’ont joué aucun rôle : Pour l’Illustration, il faut attendre le samedi 13 février le rédacteur s’expliquant en ces termes :

... nous n’aurions pas attendu jusqu’ici pour prendre part à ce concert de publication si l’expérience de chaque jour ne prouvait combien on doit mettre de réserve dans l’accueil des faits d’observation. ...Aujourd’hui les résultats obtenus par la vapeur d’éther sont incontestables et leur identité constante ....
Nous ne suivrons pas l’honorable académicien dans ses autres arguments...

L’information sera encore plus tardive pour le Journal des Savants, qui publie, simplement au mois d’avril un article de Flourens sur la théorie physiologique de l’éthérisation (p. 193-202).

La presse médicale réagit plus rapidement :
L’Union médicale en fait état le 7 janvier sous la forme d’une petite note d’une dizaine de lignes, reprenant un journal belge qui rapporte lui-même les observations de Liston.

Nouvelles - Faits divers (p. 8)

Un journal belge annonce que l’on vient de pratiquer à l’hôpital de l’University College à Londres, deux opérations sans que les malades aient éprouvé la moindre douleur. Le chirurgien M. Liston aurait employé la vapeur d’éther. L’une de ces opérations était l’amputation d’une jambe, l’autre l’extraction d’un gros orteil. L’opérateur se servit d’un appareil pour étourdir le malade par la vapeur d’éther et l’opération fut ensuite promptement exécutée avec le plus grand succès. Ni l’un ni l’autre des opérés, en revenant à lui, ne ce doutait de ce qui lui était arrivé. Il paraît qu’on a déjà employé en Amérique la vapeur d’éther pour des opérations moins importantes.

La Gazette des Hôpitaux publie la nouvelle le mardi 12 janvier, donc avant la communication de Malgaigne en ces termes : (p. 19)

Sur un nouveau moyen de rendre les opérations chirurgicales non douloureuses. Nous extrayons de la Revue médicale anglaise et étrangère (n° XLV) la lettre suivante adressée à l’éditeur de ce journal , M. Le docteur Forbes (John) par M. Le docteur John Ware, médecin à Boston.

Boston, 20 novembre 1846
J’ai trouvé à mon arrivée ici une nouvelle chose dans le monde médical, ou plutôt une application nouvelle d’une chose ancienne, qui sera, je l’espère digne de votre intérêt. C’est un nouveau moyen de rendre les malades insensibles à la douleur pendant les opérations chirurgicales à l’aide de l’aspiration de la vapeur d’éther sulfurique. Par cette aspiration, les malades sont mis dans un état analogue à celui qui caractérise l’intoxication alcoolique ou le narcotisme produit par l’opium. Cet état continu pendant cinq ou dix minutes, et, pendant ce temps, les malades sont insensibles à la douleur. Une cuisse a été amputée, un sein extirpé, une dent arrachée dans la plus légère souffrance. Le nombre des opérations pratiquées spécialement sur les dents est considérable et je crois que peu de personnes sont réfractaires à l’influence de ce nouvel agent.
L’effet n’est pas absolument le même chez tous les individus. Chez quelques uns l’insensibilité est complète, et ils sont étrangers à tout ce qui se passe autour d’eux ; chez d’autres, un certain degré de perception reste, ils savent ce que fait l’opérateur, s’aperçoivent par exemple, qu’il saisit la dent et l’enlève, ils sentent le frottement de l’instrument mais n’éprouvent aucune douleur.
Il n’y a aucun effet fâcheux subséquent à craindre de l’usage de ce moyen, aucun même aussi considérable que celui qui suit l’administration d’une dose ordinaire d’opium. Une personne m’a dit avoir éprouvé quelques sensations désagréables à la tête pendant quelques temps, et avoir été faible, languissante, abattue pendant toute la journée mais pas davantage qu’elle ne l’était ordinairement quand elle se faisait arracher une dent. Une autre m’a dit qu’elle avait senti quelque chose d’analogue, et qu’en outre son haleine avait eu pendant vingt quatre heures une forte odeur d’éther ; cette odeur était tellement imprégnée dans elle qu’elle se répandait dans l’air de sa chambre au point d’être désagréable aux autres personnes.
Un de nos meilleurs opérateurs m’a dit qu’il regardait ce moyen comme spécialement applicable dans les opérations qui intéressent de larges surfaces, qui sont très douloureuses, qui en même temps peuvent être pratiquées rapidement et n’exigent point une dissection attentive, ; mais que dans celles qui sont plus délicates, et qui exigent un certain temps il préférait que les malades fussent dans leur état naturel. Je crois qu’il est impossible, dans ce moment, de déterminer les limites dans lesquelles l’application de ce moyen devra être restreinte. Il peut y avoir des objections auxquelles nous ne songeons pas actuellement, et des dangers que nous ne pouvons pas prévoir. Ce moyen promet certainement beaucoup à la chirurgie, et peut être susceptible de s’appliquer à d’autres cas pour calmer la douleur. Peut être serait il avantageux dans le tétanos, dans l’asthme et dans différents cas où il existe de violentes douleurs internes qu’on suppose de nature spasmodique.
Ce moyen a d’abord été mis en usage par un dentiste, et il est surtout employé maintenant par cette classe de praticiens. Ce dentiste a pris un brevet, et a envoyé en Europe des agents qui sont chargés de lui en assurer la propriété.
Signé : John Ware

Dans six cas, j’ai employé le moyen précédent pour prévenir la douleur dans les opérations chirurgicales, avec un plein succès et sans aucune conséquence fâcheuse.
Signé : John C. Warren

Les auteurs de cette découverte sont les docteurs Jackson et Morton.
Depuis que cette communication est parvenue en Angleterre, M. Liston a fait usage de cette sorte d’intoxication éthérée, et il en a retiré de bons résultats. Nous croyons inutile de rapporter ici les cas dans lesquels il l’a employée, ainsi que ceux plus nombreux qu’ont fait connaître plusieurs chirurgiens des Etats-Unis.

Le Journal de médecine et de chirurgie Pratique de Lucas Championnière n’en parlera que dans le numéro de février (article 3321).

Quant à la Société de médecine de Poitiers, son bulletin annuel qui paraît au début de l’année suivante signale bien sur l’éthérisation mais ne joue aucun rôle dans la circulation de l’information. Le rapport global des travaux de l’année signale que l’éthérisation a fait l’objet de " débats " lors de leurs réunions mensuelles, mais en des termes inconnus puisque les minutes de ces réunions ont disparu.

A Poitiers, c’est certainement la presse politique locale qui est le facteur de propagation le plus déterminant. Il existe alors 4 journaux dont 2 feuilles d’annonces. Onze articles sont consacrés à l’éther. La 1ère annonce est faite le 19 janvier dans le Journal de la Vienne. Cet article est curieux car il s’arrête aux expériences belges et ne fait pas état des expériences parisiennes. Il est sans doute " emprunté " à un autre journal politique sans doute parisien.

Les journaux des Etats Unis viennent de faire connaître au monde médical une découverte dont l’humanité aura à se réjouir, car elle fait disparaître la douleur accompagnement obligé jusqu’ici de toute opération chirurgicale. Ceci n’est point un conte en l’air, ni ce qu’on appelle un puff ; c’est une découverte dont l’authenticité vient d’être constatée et acquise à la science et qu’on doit considérer comme un immense bienfait. On doit cette découverte à deux médecins américains M. Morton et C.T. Jackson de Boston ; et le journal de Médecine et de chirurgie de cette ville en a raconté les merveilles.
La découverte consiste dans l’emploi d’un moyen fort simple : l’inspiration de la vapeur d’éther sulfu-rique, qui rend l’opéré entièrement insensible à la douleur pendant quelques minutes. Cet état d’insensibilité dure de 3 à 8 minutes au plus, mais elle est complète durant ce temps. On a amputé des membres, extirpé des seins, arraché des dents sans que les patients éprouvassent la plus légère souf-france. les effets, il est vrai, ne sont pas toujours les mêmes ; quelquefois l’insensibilité est telle que le malade n’a conscience de rien, d’autres fois le malade perçoit ce que l’on fait, d’une manière vague, comme dans un rêve, et sans éprouver de douleurs.
L’emploi de ce moyen n’a eu jusqu’à présent aucun effet fâcheux ; dans quelques cas, les malades ont éprouvé quelques sensations désagréables dans la tête pendant une heure ou deux d’autres sont restés un peu languissants toute la journée ; mais ces effets rares d’ailleurs et qui paraissent dépendre de cer-taines idiosyncrasies n’ont point tardé à se dissiper entièrement.
Le journal de Médecine de Boston cite 5 observations dans lesquelles ce moyen a parfaitement réussi. Dans les trois premiers cas, il s’agissait de l’extraction de dents molaires sur un jeune homme de 16 ans, une jeune fille du même âge et sur un garçon de 12 ans. Dans les 2 autres, il s’est agi de 2 ampu-tations de la cuisse et chaque fois l’insensibilité a été telle que les opérations n’ont fait éprouver aucune douleur.
Le 22 décembre dernier, le célèbre Liston, chirurgien de l’hôpital de University College, à Londres, a employé ce moyen sur un homme dont il avait à amputer la cuisse. Le malade, dés qu’il eut été placé sur la table à opérations, commença à inspirer la vapeur d’éther et perdit toute sensibilité au bout de 2 à 3 minutes. On procéda immédiatement à l’opération ; le membre fut enlevé en moins d’une minute. Le malade resta sans mouvement pendant les incisions et la ligature des artères. Cette partie de l’intervention étant terminée, il s’éveilla à demi et répondit doucement aux questions qui lui furent adressées. Il dit qu’il n’avait éprouvé aucune douleur, quoiqu’il n’ait pas entièrement perdu la conscience de lui-même. Il avait entendu quelques paroles et avait senti qu’on lui faisait quelque chose à sa cuisse, mais il ne savait pas que l’opération était faite ; lorsqu’on lui dit, il se montra naturellement fort joyeux d’être délivré de ce membre sans avoir ressenti de douleur.
Le même jour, M. Liston pratiqua l’une des plus douloureuses opérations de la chirurgie, l’arrachement d’un ongle sur un homme engourdi par le même moyen et qui ne ressentit aucune douleur.
Enfin, le 1er janvier, M. Lansdown, chirurgien de l’hôpital général de Bristol, essaya l’effet de l’inspiration de la vapeur d’éther sur un homme auquel il avait à pratiquer l’amputation de la jambe. M. Hérapath, le célèbre chimiste anglais, assistait à cette opération dont il décrit les principales circonstan-ces dans une lettre qu’il a adressée au Time et que ce journal a publié dans son numéro du 4 janvier :
" Nous venons, dit M. Hérapath, d’expérimenter avec le plus grand succès le procédé américain, qui consiste à administrer la vapeur d’éther comme moyen d’émousser la sensibilité nerveuse. On devait amputer la jambe d’un jeune homme à l’hôpital général de Bristol, et l’on saisit cette occasion pour l’expérience. L’opération dura longtemps, car il fallut disséquer plusieurs branches artérielles ; elle continua pendant 15 minutes, et pendant tout ce temps là, le malade fut maintenu dans un état parfait de tranquillité, sans paroles ni mouvements. Lorsqu’ensuite il revint à lui, il nous dit qu’il avait eu conscience de l’opération, mais sans éprouver d’autre sensation que celle que produirait une égratignure. Pendant l’opération, on pouvait l’exciter ou le calmer alternativement au moyen du vin d’une part, de la vapeur d’éther de l’autre.
Il n’est pas besoin pour administrer la vapeur d’éther d’aucun appareil compliqué ; voici celui dont on s’est servi dans ce cas-ci : on prit une très grande vessie ordinaire , à laquelle on adapta un tuyau à l’extrémité duquel on avait vissé un bout d’ivoire creusé en godet et percé d’un large trou qui communiquait avec le tuyau. ce trou pouvait être hermétiquement fermé comme dans le petit appareil dont on se sert pour gonfler les coussins à air. On versa une once d’éther sulfurique ordinaire dans la vessie que l’on gonfla aussitôt au moyen de la petite pompe aspirante et posant le pouce sur le godet, on agita vi-vement la vessie afin de saturer de vapeur l’air qui y était contenu. Lorsque le malade fut prêt à être opéré, on lui ferma les narines, on introduisit le godet dans la bouche en tenant avec les doigts les lèvres autour de ce godet pour que la vapeur ne se perdit pas.
Le malade inspira et expira la vapeur pendant une ou plusieurs minutes, et aussitôt les lèvres cessèrent de se contracter. on fit alors immédiatement la première incision. En 3 minutes, l’effet de la vapeur était sur le point de cesser, on introduisit de nouveau le godet dans la bouche, et l’on agit de la même manière pendant toute la durée de l’opération. Si le pouls indiquait une trop grande dépression des forces, un peu de vin en rétablissait l’élasticité. Après l’opération, le malade se réveilla parfaitement calme et tranquille, et dit qu’il n’avait éprouvé aucune douleur, soit pendant l’incision de la peau ou des chairs, le sciage de l’os ou la ligature des vaisseaux artériels. Depuis qu’il est amputé, le malade a mieux dormi qu’il ne l’a fait pendant les dix dernières nuits, et son état est on ne peut plus satisfaisant.
L’appareil dont on se sert à Boston consiste en un vase globulaire en verre à double goulot, qui contient des éponges pour augmenter la surface de vaporisation. Une des ouvertures laisse pénétrer l’air qui se chargeant de vapeur d’éther, traverse le second goulot pour pénétrer dans les poumons ; à l’expiration, l’air soulève une petite soupape placée près du godet que l’on tient dans la bouche du malade, et s’échappe dans l’appartement pour que la vapeur contenue dans le vase ne soit pas altérée par son contact.
Nous tiendrons nos lecteurs au courant de toutes les expériences qui seront faites sur cette découverte, qui est, sans contredit, une des plus importantes des temps modernes.
P.S. Une lettre de Bruxelles nous apprend que samedi dernier une première expérience a été faite dans cette ville en présence de plusieurs médecins, par M. Le docteur Joseph Bosch, ancien chirurgien en chef de l’hôpital civil de Maëstrich. Il s’agissait d’une double fistule anale à opérer. Malgré l’inexpérience de l’application du procédé et les tâtonnements inséparables d’un premier essai, le malade est resté sans mouvement pendant la plus grande partie de la première opération, mais il est sorti de cet état d’insensibilité apparente au moment où l’opération se terminait. Le malade, revenu à lui, a dit qu’il n’avait pas entièrement perdu conscience de lui-même, mais qu’il n’avait ressenti qu’une douleur sourde pendant l’opération. Il était si satisfait de ce résultat qu’il a demandé avec instance à M. Bosch de pratiquer immédiatement la seconde opération. Cette fois l’essai a été moins heureux : soit qu’il n’y ait pas eu assez d’éther dans la vessie, soit qu’on n’ait pas continué assez longtemps l’inspiration de la vapeur, le malade a éprouvé qu’un instant l’influence de l’agent médicamenteux : aussi la douleur a été extrêmement vive pendant la seconde opération. Quoiqu’il en soit, le résultat de ce premier essai a été très remarquable, et prouve qu’avec un peu d’habitude de l’application du procédé, on parviendra à pratiquer des opérations sans déterminer la douleur.
L’opération a été pratiquée samedi à midi ; le soir, l’état du malade était des plus satisfaisants.
C’est la première fois, croyons nous que le procédé a été employé sur le continent.
Au point de vue de la science pure, voilà une grande découverte qui vient d’être faite. Un peu de vapeur d’éther portée dans les poumons supprime la douleur là où la douleur n’est peut-être qu’un mal, et enlève aux opérations chirurgicales ce qu’elles ont de plus révoltant pour notre nature. Mais, au point de vue de l’humanité, il reste une importante question à résoudre. Ce doit être une action d’une terrible énergie que celle qui fait ainsi d’un homme vivant un cadavre que l’on peut disséquer sans lui arracher une plainte. Sera-t-elle sans influence sur les suites de l’opération ? Question redoutable et dont la solution peut seule nous apprendre si la découverte de MM. Morton et Jackson peut être mise au nombre des bienfaits que Dieu a accordés à l’humanité dans ses jours de miséricorde.
C’est ce coté du problème qui préoccupe maintenant tous les esprits. Peut-être faudra t-il une longue pratique pour le résoudre.

A Angoulême, le journal local est " Le Charentais " qui va publier 9 articles sur l’éther, la 1ère annonce ayant lieu le 4 février. Au contraire des journaux de Poitiers, la teneur des articles n’est initialement pas favorable à l’éthérisation.

La vapeur d’éther dont quelques journaux nous ont raconté les merveilleux effets a déjà occasionné plusieurs graves accidents qui ont failli amener la mort.
Le Courrier du Dimanche a déjà cité un jeune homme de Toulouse qui à la suite d’une trop grande inspiration avait été atteint d’une virulente attaque de nerfs. Le même fait s’est reproduit à Bordeaux à la fin de la semaine dernière. Un étudiant en médecine qui se trouvait avec des amis, a voulu éprouver la vertu de l’éther à laquelle il refusait constamment de croire. Il a persisté pendant 10 minutes à respirer la vapeur jusqu’au moment ou une horrible crise nerveuse s’est manifestée.
Le jeune homme n’est pas encore remis de cette attaque

A Niort, Le journal est le Mémorial de l’Ouest qui publie 11 articles sur l’éther. La première annonce est faite le 28 janvier sous une double forme, scientifique et polémique.

Revue scientifique

Notre revue scientifique rendra compte d’une découverte nouvelle que vient de faire la science. Nos lecteurs en auront une idée par le récit suivant, que nous empruntons à l’Auxiliaire Breton.

" Avant-hier, MM. Les docteurs A. Guyot et Duval, chirurgiens de notre Hôtel-Dieu et professeurs à notre Ecole de Médecine, ont tenté une opération par l’emploi de l’éther, et le succès qu’ils ont obtenu est tel qu’il faut espérer que la chirurgie touche à la réalisation d’une admirable découverte, que l’humanité enregistrera à coté et peut-être au-dessus de la vaccine.
Un homme était atteint d’une carie des os de la main, et l’amputation de ce membre ayant été jugée nécessaire, M. Guizot a cru l’occasion favorable pour tenter d’amortir les douleurs si vives qui accompagnent toujours cette grave opération. On a donc procédé à l’inhalation de l’éther de la manière suivante : dans un flacon à deux tubulures, et d’une contenance d’environ 800 à 1.000 grammes, on a introduit environ 50 grammes d’éther. Dans cet éther plongeait un tube droit ayant de diamètre 0,005 (1/2 centimètre) et qui était en communication avec l’air extérieur. A l’autre tubulure était ajusté un second tube d’environ 0,01 (1 centimètre) de diamètre, ce tube, recourbé à sa sortie, avait été brisé à quelques centimètres de la tubulure, puis ses deux parties avaient été reliées à l’aide d’un petit tuyau de caoutchouc, ce qui permettait de manier aisément en tous sens le tube destiné à l’inhalation.
A huit heures et demie du matin, le malade a commencé à aspirer la vapeur d’éther. Au bout d’une minute, il s’est manifesté chez lui une gaieté expansive ; cet homme s’est mis sur son séant et a apostrophé gaîment plusieurs personnes présentes dans la salle. Quatre minutes après, ses yeux se sont voilés, ses paupières se sont abattues, et il s’est laissé aller sur son lit dans un état indiquant une complète absence de toute perception des objets extérieurs. Le pouls avait alors pris une marche régulière : de quatre-vingts pulsations il était descendu à soixante ; la respiration du malade était égale, profonde, comme dans un sommeil paisible.
Il a été procédé à l’amputation, et, pendant l’opération, qui a duré environ quatre minutes, le malade n’a témoigné aucune sensibilité. Ce n’est même que quatre minutes plus tard qu’il a rouvert les yeux et manifesté quelques perceptions extérieures. Alors, comme au bout de la première minute, il était d’une vive gaîté et racontait au long un rêve qu’il avait fait : il s’était vu, dit-il, transporté en enfer et poursuivi par des diables armés de fourches ; une voiture était venue à passer, et il s’était enfui en s’y précipitant.
Voyant son bras amputé, il a manifesté peu d’émotion, et répondu aux questions du docteur Guyot avoir seulement sentit ou plutôt perçu une première incision. Quant à la souffrance qui accompagne et qui suit toute opération de ce genre, il n’avait rien éprouvé et n’éprouvait encore rien. Ce n’est qu’à cinq heures du soir, c’est à dire neuf heures après l’amputation, qu’il a commencé à sentir quelques élancements.
Jusqu’à cette heure, le pouls était resté égal et normal à 60 pulsations ; les douleurs de tête qui se manifestent chez les malades en de telles circonstances ne se sont même pas fait sentir. Une abondante émission d’urines imprégnées d’une très forte odeur d’éther s’est seulement manifestée. "

Le second article fait allusion à l’affaire Granier de Cassagnac et est traitée sur le mode ironique.

Courrier de Niort - Causerie

L’éther n’est pas ce qu’un vain peuple pense.
I - Il faut avouer, lecteurs, à moins d’avoir été au préalable garçon apothicaire, que les journalistes n’ont pas toujours eu le loisir de suivre un cours raisonné de chimie, ni d’inventer les cigarettes Raspail. C’est un grand malheur !
Hélas ! ..les journalistes racontent, mais ils ne découvrent pas. Nouveau malheur ! …
…. l’estimable M. Granier, revendique-t-il, dans l’Epoque, l’honneur de la découverte des admirables prodiges de la vapeur d’éther, découverte attribuée, par plusieurs journaux, à des médecins américains. Chose très vexante pour les véritables auteurs de découverte.
Bref, écoutons la voix triomphante et persuasive de notre ami, M. Granier de Cassagnac :
Suit le récit de ce dernier …, puis nous en donne la recette…
II - Maintenant lecteurs, que nous venons de vous donner une idée bien imparfaite de la douce ivresse, du ravissement extraordinaire dans lequel vous plonge la vapeur d’éther, nous avons pensé que nos aimables lectrices ne seraient peut-être pas fâchées de connaître aussi les secrets d’un état physiologique qui vous transporte de la vie matérielle dans la vie idéale, qui vous enlève aux joies et aux douleurs les plus profondes du monde réel, pour vous bercer dans la plus ravissante extase.
Du reste, nous n’en avons pas encore fait l’expérience, mais on nous dit que rien au monde n’est plus aisé et plus innocent que cette curieuse expérience ? Avec le simple débours de deux francs et deux minutes de loisir, montre en main, on peut parfaitement s’en passer la fantaisie.
Pour l’acquit de notre conscience de journaliste, et pour que les abonnés du Mémorial de l’Ouest ne se figurent pas que la découverte que nous leur présentons est un atroce canard, voici tout le programme de la chose avec la manière de s’en servir. C’est notre ami Granier de Cassagnac qui vient de nous l’adresser.
Lisez attentivement :
" vous envoyez chercher chez votre pharmacien une ou deux onces d’éther sulfurique très pur. Vous demandez qu’on le mette dans un flacon bouché à l’émeri, et d’un goulot assez large. Vous débouchez le flacon et le tenez dans votre main, afin que la chaleur facilite l’évaporation. Vous placez le flacon sous vos narines, et vous aspirez à pleins poumons. Cela fait, vous chassez par la bouche l’air et la vapeur aspirée par les narines, afin qu’ils ne se mêlent pas à la vapeur que vous allez aspirer de nouveau. Vous continuez ce jeu jusqu’à ce que vous sentiez le flacon vous échappe de la main, ce qui arrive au bout de deux minutes environ. "
Surtout, lecteurs, sentez mais n’avalez pas !
On en croira ce qu’on voudra, mais avec la vapeur d’éther, il paraît qu’on peut se faire couper bras et jambes sans que le patient daigne s’en occuper.
Demain, si nous avons une pièce de deux francs, nous irons vite chez notre pharmacien acheter un flacon d’éther…..

LA PREMIERE REALISATION

A Poitiers, si la Société de Médecine n’a joué qu’un petit rôle dans l’annonce de la découverte, elle en joue un grand dans l’application de celle-ci. Les premières expérimentations auraient été faites en ville le 27 février dans la maison d’un pharmacien et sous l’instigation du médecin-dentiste François-Auguste Kiaro comme le relate le Journal de la Vienne en date du 2 mars.p 113 :

Depuis quelques jours la maison de M. Grimaux, pharmacien de notre ville, est le rendez vous des personnes qui s’occupent vivement de la nouvelle découverte sur l’éther. M. K....., médecin dentiste, après avoir reçu son appareil, a désiré en étudier les phénomènes sur lui-même avant d’expérimenter sur ses clients ; il s’est soumis pendant trois jours à des expériences si heureuses qu’elles ont du encourager tous les assistants au point d’en faire pour eux un sujet d’amusement. Il paraît certain que le temps de l’ivresse éthérée n’a déterminé chez eux qu’un sentiment d’extase et d’engourdissement plus ou moins sensible. La seconde fois que M. K... s’est enivré d’éther, il désirait connaître son insensibilité, qui a été constatée par tous les spectateurs, puisqu’il a supporté plusieurs piqûres, quoique s’apercevant bien qu’on lui en faisait, sans en ressentir aucune douleur. La troisième fois, il voulait s’assurer si, une fois endormi, il obéirait à la volonté de celui qui lui commanderait d’ouvrir la bouche ; cette expérience, encore a parfaitement réussi, et lui a prouvé que la personne ainsi endormie peut subir sans crainte une opération à laquelle elle n’eût pu consentir dans son état normal.

Mais c’est à la Société de médecine de Poitiers que revient la charge de " labelliser " la découverte , type de pratique que l’on retrouve à l’Hôtel-Dieu de Marseille ou à celui de Caen à la mi-février. Le Journal de la Vienne du 20 mars en rend compte en ces termes :

La Société de Médecine de Poitiers s’est réunie hier 19 mars à l’Hôtel Dieu pour constater les effets de la vapeur d’éther. Cette merveilleuse découverte ne pouvait manquer de retentir dans notre vieille cité, capitale scientifique de l’Ouest et la Société de Médecine qui représente le corps médical du départe-ment s’en était déjà occupé dans ses séances ordinaires.

Les malades et les chirurgiens étaient également préparés à cette grande épreuve ; plusieurs succès ob-tenus la semaine dernière par les nouveaux procédés leur donnaient une entière confiance. 2 premiers malades n’ont inspiré qu’une petite quantité d’éther, parce qu’ils n’avaient à subir que des opérations de très courte durée. Une jeune fille avait semblé souffrir de l’incision qui lui avait été faite, mais à son réveil, elle a déclaré ne rien se rappeler. Un grand garçon a cru qu’on lui donnait un coup de poing sur le visage et s’est emporté contre son ennemi invisible.

Le dernier malade atteint d’une carie profonde des os du pied devait subir l’amputation partielle. Il a été saturé d’éther pendant plusieurs minutes ; puis lorsque l’insensibilité a été complète, l’opération, rapidement exécutée n’a pas troublé le moins du monde son sommeil extatique. A son réveil, encore un peu engourdi par la vapeur éthérée, il ne sentait même pas la douleur de l’incision et se félicitait haute-ment d’être débarrassé de son mal. Ainsi, l’éther a bien donné les résultats qu’on pouvait en attendre, et une opération que l’on peut classer parmi les plus douloureuses de la chirurgie a été faite sans que le malade en ait eu conscience. Du reste, il a été facile de doser le remède, car, en surveillant son action, on peut à volonté s’arrêter et suspendre l’administration de l’éther aussitôt qu’on a obtenu l’état d’insensibilité. Ce médicament doit donc être administré avec les mêmes précautions et la même sûreté que les autres ; il n’en diffère réellement que par le lieu d’application : l’éther donné en potion serait absorbé par l’estomac, l’éther en vapeur est absorbé par la surface des poumons, l’action est alors plus rapide, plus énergique, mais en définitive est la même.

La Société de Médecine a suivi avec intérêt les phénomènes étranges produits par l’inspiration des va-peurs d’éther et nous pensons que l’autorité de cette savante compagnie contribuera à fixer l’opinion publique sur les avantages et les inconvénients de la nouvelle découverte.

Ces démonstrations de l’éthérisation n’intéressent pas seulement le corps médical, il intéresse également un public " lettré ", ainsi que le signale le Dr Jolly dans le Discours de rentrées des facultés en novembre : les propriétés de l’éther ont paru dans le monde si merveilleuses que beaucoup de gens ont voulu juger par eux-mêmes de leurs effets. Ici, à l’Hôtel-Dieu, on a vu plusieurs personnes assister à diverses opérations pratiquées sous leur influence.

A Angoulême, le Charentais rend compte des premières expériences locales le jeudi 4 mars. Comme il n’y a pas de Société de médecine, ce sont les autorités écclésiastiques et politiques de la ville qui en seront les garants :

Lundi et mardi dernier (1er et 2 mars), deux expériences du plus haut intérêt ont été faites à l’hospice d’Angoulême par M. Eyriaud, chirurgien en chef, en présence d’un grand nombre de médecins de notre ville. La première a eu lieu sur une enfant scrofuleux, agé de seize à dix-sept ans, atteint au bras droit d’une tumeur qui nécessitait l’amputation de ce membre. Soumis à l’influence de la vapeur d’éther, au bout d’une minute, l’enfant s’est endormi, et l’insensibilité la plus complète s’est produite sur tout son corps ; alors M. Eyriaud s’est mis à l’œuvre ; la section des muscles et de l’os, et les ligatures ont été opérées en une minute et demie, sans que le patient fit le moindre mouvement ; pendant le cours de l’opération, il était là sous l’influence d’un rêve qui lui causait des sensations agréables : à son réveil, il a déclaré n’avoir rien senti ; il était d’une gaieté folle, qu’il a conservé jusqu’à ce moment.
La seconde opération a été pratiquée sur un terrassier du chemin de fer, qui avait eu une cuisse brisée par un éboulement de terre. Elle a été couronnée du même succès. - Ces opérations, pratiquées avec une habileté remarquable, font le plus grand honneur à M. Eyriaud. Tout le monde était dans l’admiration de la magnifique découverte qu’il vient d’expérimenter le premier à Angoulême.

Voici quelques détails qui nous sont transmis par un jeune docteur, témoin des opérations dont nous venons de parler :

L’inhalation de l’éther a, pour la première fois, reçu lundi matin, dans notre ville, son baptême de sang.

Une opération majeure, l’amputation d’un bras, a été pratiquée par le docteur Eyriaud, dans les salles de l’hôpital civil (service des hommes blessés).

A neuf heures, le nommé Limérac, de Soyaux, enfant âgé de 17 ans, d’un tempérament lympathique, et porteur d’une tumeur blanche à l’articulation huméro-cubitale (coude) a été placé sur le lit de douleur pour y subir l’intervention nécessitée par son malheureux état.

Le sujet est inquiet et tremblant, mais résigné malgré cela et confiant dans les médecins qui l’entourent.

A neuf heures dix minutes, l’appareil de M. Charrière, de Paris, dirigé par M. Emile Hillairet, pharmacien, et destiné aux inspirations de l’éther, est mis en rapport direct avec le patient ; à neuf heures treize minutes 180 (?), l’insensibilité est complète, la mort est apparente, des épingles sont vigoureusement enfoncées dans les chairs sans exciter le plus léger signe de douleur.

L’amputation fut donc aussitôt pratiquée. Le bras est tombé, le pansement terminé, le malade se réveille et n’a nulle connaissance de ce qui vient d’avoir lieu ; il sourit à ceux qui l’entourent, demande si son bras est coupé, et répond lucidement aux questions qui lui sont adressées, il n’a rien vu, rien senti... il rêvait que, réuni à des petits sauvages pour jouer et se divertir, il avait par eux, été renfermé dans une éponge, et que ceux qui l’y avaient séquestré, s’obstinant à ne pas vouloir l’en faire sortir, il avait pris le parti d’en rire.
L’idée fixe de cette séquestration dans une éponge vient dans doute de ce que l’enfant avait été frappé de voir, dans l’appareil dont on fait usage pour enivrer, quelques morceaux de grosse éponge destinée à contenir l’éther. L’opéré a été mis au lit à neuf heures un quart. - L’ivresse était complètement disparue, la raison retournée au logis.
Aucune réaction n’a eu lieu ; le lendemain l’état du malade était des plus satisfaisants.
Etaient présents pour certifier la vérité des faits que nous établissons : M. Brunelière, curé de Saint Pierre, M. Coullet, aumônier des prisons et chanoine à la cathèdrale ; les docteurs Hériaud, opérant ; Clauzure père, Clauzure fils et Simon de la Tranchade, coopérateurs ; MM. Brun, Vigneron, Jeannin, etc., etc. ; MM.. Hillairet père et Emile Hillairet, pharmacien de hospices ; les soeurs hospitalières, etc., etc.
Hier matin, 2 mars, une nouvelle expérience des inspirations de l’éther a été tentée dans le même service ; une amputation de cuisse a été pratiquée : les mêmes résultats ont été obtenus ; au réveil, le patient a dit n’avoir éprouvé aucune douleur pendant l’opération. L’insensibilité était complète.
La seule différence à établir entre les deux malades d’avant-hier et d’hier, c’est que celui qui a subi la dernière mutilation, a été plus longtemps à ressentir les effets de l’éther ; pendant 7 minutes, l’appareil a été maintenu sur la bouche du patient ; ce temps écoulé, la mort des sensations est arrivée, le couteau labourait impunément les chairs .
M. Le préfet et quelques notables de la ville assistaient à l’opération.
A. Clauzure fils - Chirurgien adjoint des hospices

Si les chirurgiens sont bien sûr les premiers concernés, à Poitiers interviennent un chirurgien-dentiste et un pharmacien, à Angoulême, l’anesthésiste " officiel " est le pharmacien de l’hôpital.

La rareté des documents d’origine médicale concernant l’arrivée de l’éthérisation à Poitiers est sans doute due aux faibles moyens de la Société de médecine qui éditait un rapport annuel et non des comptes-rendus mensuels. Mais, elle est aussi liée à un autre procédé d’anesthésie qui les a beaucoup marqué, c’est une anesthésie par hypnotisme dont la notification dans le rapport annuel de leurs travaux prend autant de lignes que l’éthérisation… Le Journal de la Vienne du 16 mars décrit minutieusement ces quatre séances d’hypnotisme dont 3 à caractère anesthésique. Parmi les acteurs médicaux, on retrouve le médecin dentiste Kiaro.p. 136-137 :

Opération chirurgicale à l’aide du sommeil magnétique, pratiquée à Poitiers, le 10 mars 1847, en présence de plusieurs médecins et des élèves de l’école.
Que dire du magnétisme ? il y a si longtemps qu’on en parle sans jamais s’être entendu ! En Allemagne, on l’éléve à l’état de science ; il fait partie des études médicales ; on le pratique et on le professe. Chez nous, on l’exalte ou on le bafoue, et cela, fort souvent, sans plus de raison d’une part que de l’autre ! …..
…. Citons des faits, et que l’on juge.
Euphozine Dardenne, jeune fille de quinze ans, demeurant à Saint Maurice près Gencay, s’est présentée le 20 juin 1846 à la consultation de M. Le professeur G.... ; elle portait à la joue gauche une tumeur volumineuse dont l’ablation fut conseillée.
Euphrosine ne voulut pas y consentir, et vint trouver M. Henri Vallette, rue des Trois-Cheminées. Celui ci la soumit immédiatement aux épreuves magnétiques, et elle put s’endormir au bout de vingt minutes ; elle parla, dit qu’elle voyait son mal dont elle guérirait, mais qu’il faudrait en venir à une opération.
En cet état, elle fut montrée à un médecin de cette ville le docteur R...., qui approuva de tout point les prescriptions qu’elle avait faites, et reconnut, ainsi qu’elle l’avait annoncée, que son mal pouvait provenir d’une dent gâtée. Il reconnut également qu’il y avait nécessité d’inciser la membrane gingivale tapissant, à l’intérieur de la bouche, la cloison alvéolaire située au dessus de la tumeur.
Cette première intervention fut faite au jour indiquée : les gencives furent déchirées dans une étendue de 7 à 8 centimètres, et la malade, qui avait été mise en état de sommeil, ne manifesta ni douleur ni sensibilité.
Quelques jours après, la malade ayant prescrit pendant son sommeil l’extraction d’une grosse molaire avoisinant la tumeur, M. le médecin-dentiste K... fut appelé, et déclara que cette opération était indiquée par la science, mais qu’elle serait difficile et ….. produirait de très vives souffrances.

L’opération se fit, et pendant qu’elle dura, Euphrosine ne jeta pas un cri, ne fit pas un geste. Son immobilité fut complète, et son obéissance aux moindres volontés de son magnétiseur ne se démentit pas un seul instant.

Plus tard, et la tumeur ayant progressé, la malade indiqua elle-même que le moment de l’opération était venu, et M. Le docteur G. ... fut consulté. Il constata que cette tumeur était formée par la moitié gauche de l’os maxillaire inférieur, aminci et dilaté par une substance contenue dans son épaisseur, et ayant plus d’un décimètre de diamètre dans les deux sens ; il dit que l’ablation était indispensable. En conséquence, le mercredi 10 mars, à deux heures après midi, et devant les personnes sus-indiquées, l’opération s’est faite de la manière suivante :

Conduite, toute éveillée, dans le salon où l’attendaient plus de cinquante personnes, Euphrosine s’est assisse dans un fauteuil, ayant à son coté Mme Vallette qui lui tenait la main.

Au bout de vingt minutes, elle s’est endormie. Interrogée pourquoi elle avait mis un si long temps à s’endormir, elle a répondu : c’est que j’étais préoccupée par la présence de tout ce monde.

- D : voulez vous être opérée ?
- R : oui
- D. L’opération se fera t’elle bien et sans douleur ?
- R : oui
- D : Etes vous dans un état complet d’insensibilité ?
- R : oui
- D : On peut commencer ?
- R : oui

Après cet étrange préliminaire, M. Vallette annonce à l’opérateur qu’il peut agir ; et tout le monde s’émeut en voyant le saisissant apprêt de cette véritable exécution.
On apporte une table chargée de nombreux instruments de chirurgie, pinces, scalpels, bistouris, tenailles, voire même une scie ....
Et un long frémissement d’horreur s’empare de l’assemblée lorsqu’on voit l’opérateur agiter dans sa main un véritable couteau, qu’il promène avec calme autour de cette tête immobile.
Chacun se regarde et semble s’interroger. - Le silence règne. - Les pensées vacillent et tous les yeux sont fixés sur ce corps plein de vie qui a l’insensibilité du cadavre. - Chacun retient son haleine, se resserre en soi, et a peur d’entendre un cri. On craint d’assister à une horrible catastrophe.
Mais une tête est calme.... une main est sûre, - une seule main ne tremble pas. Dieu ! qu’il faut de courage à un médecin ! Et le fer s’enfonce profondément dans les chairs vives, y fait une coupure de plus d’un décimètre de longueur et partage en deux lèvres béantes cette masse tuméfiée et difforme. Cinq artères sont coupées, et le sang qui jaillit par cinq bouches ouvertes, s’élance au front de l’opérateur, qui seul n’en voit rien. Il s’arme de longs ciseaux, et, après que ses aides on fait les ligatures, il les enfonce dans la plaie, va y chercher le kyste qu’il divise dans toute sa longueur, en soulève et excise les bords osseux, et plongeant sa main toute entière dans la vaste cavité, il en extrait une masse gélatineuse du volume d’un œuf.

L’opération était terminée ; mais le pansement restait à faire…. Cette partie de l’opération, disent les médecins, est la plus douloureuse, et sauf quelques tressaillements des muscles de la face, que l’on peut justement attribuer à une sorte d’excitation galvanique des rameaux nerveux, la malade, ici comme dans tout le cours de l’opération n’a donné aucune marque de sensibilité.

Et pourtant ce long et cruel travail avait plutôt ressemblé à une leçon de dissection faite à des élèves sur un cadavre, qu’à une opération pratiquée sur un corps animé de la vie. Le savant professeur a pu tout voir, tout montrer, tout interroger, tout expliquer ; la patiente s’est prêtée à tout ; et c’était un étrange tableau que toute cette jeunesse avide, studieuse et pétrifiée d’effroi, d’admiration et d’enthousiasme….

Enfin, tout est fini. - les instruments sont enlevés - On réveille la pauvre endormie. Et, après nous avoir tous regardés sans la moindre émotion, la voilà qui s’en va se promener dans la cour, ignorant complètement qu’aucune opération lui eût été faite.

Aujourd’hui, le 15 la malade va bien.

Ne terminons pas ce récit sans donner à chacun la part qui lui revient pour son généreux dévouement. M. Le docteur G.... n’avait point à prouver son incontestable habileté ; mais il avait à vaincre un obstacle que ne savent point aborder les conceptions paresseuses et les vulgaires intelligences. - D’un pas ferme, il l’a franchi. - Il n’a point superbement dédaigné l’aide du magnétisme, et il a vu se révéler devant lui un phénomène auquel il ne croyait pas. Honneur à lui !….

(communiqué par l’un des assistants)

Dans la même année, nos chirurgiens poitevins ont donc pu assister à la démonstration concluante de 2 procédés d’insensibilisation contre la douleur provoquée par l’intervention chirurgicale. Mais ce sera le seul cas d’anesthésie par hypnose publiée dans la littérature poitevine…

ET APRES

Dans les observations chirurgicales publiées, on retrouve dans les années qui suivent l’introduction de l’éthérisation, la notification du protocole anesthésique : on éthérise, on éthérise au chloroforme ou on chloroformise, le mot anesthésie n’est pas encore passé dans la pratique.

Dans les comptes rendus de la Société de Médecine de Poitiers, pour les années 1847 à 1870, 21 des 87 observations chirurgicales répertoriées signalent le protocole anesthésique : ils se sont servis d’éther, de chloroforme ou de narcotiques, et dans certains cas de grande urgence ou de fragilité respiratoire ont longuement argumenté l’abstention.

Dans ces mêmes comptes-rendus, il y a, en 1868, un article consacré à l’anesthésie et plus particulièrement à l’utilisation du protoxyde d’azote. Celui-ci, déjà utilisé en ville en pratique dentaire, fait l’objet d’une première séance publique devant les membres de l’Association Médicale de la Vienne, puis quelques mois plus tard, à l’Hôtel-Dieu devant l’Ecole de Médecine. Il s’agit dans un premier temps de petites interventions, mais quelques jours après ils pratiquent une amputation de cuisse …. L’anesthésie dure 5 minutes, l’opération à peine 40 secondes…

Dans la presse régionale de 1886 à 1914, on retrouve 223 observations et 47 articles originaux traitant d’anesthésie ou de chirurgie. Le protocole d’anesthésie n’est plus notifié que lorsqu’il donne lieu à discussion .

Signe des temps, la notification la plus constante est celle de l’antisepsie du champ opératoire…

BIBLIOGRAPHIE

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- (12) Archives Départementales de la Charente. 12 E
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- (14) Candille M. Les soins à l’Hôpital en France au XIXème siècle. Société française d’Histoire des Hôpitaux. 1974
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- (16) Archives départementales de la Charente 12 E
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