CLub de l'Histoire de l'Anesthésie et de la Réanimation

Mort apparente due au chloroforme et choc électrique

1863

Kidd

date de publication : 1863

Présentation rédigée par Hotton Jacques   mise en ligne : jeudi 13 mars 2008


MORT APPARENTE DUE AU CHLOROFORME RETABLISSEMENT DE LA VIE PAR L’ELECTRICITE

Docteur Kidd Dublin médical Press ", Page 318, 1863

Le 19 mars 1863, une femme fut soumise à la chloroformisation pour une autoplastie périnéale dans une chambre vaste et bien aérée.

Malgré quelques difficultés à obtenir l’anesthésie et l’apparition de phénomènes hystériques, on parvint à une insensibilité complète, lorsqu’au milieu de l’opération, je sentis le pouls et la respiration cesser inopinément.

Des aspersions d’eau froide, de l’air et autres moyens continués pendant deux minutes, le temps d’appliquer des ligatures, ne les rétablirent pas, et la face exprimait la mort que chacun des assistants croyait dès lors bien réelle.

Rétablir la respiration en pareil cas étant l’indication principale, je saisis une batterie électrique et j’en mis aussitôt le courant en rapport avec une épingle enfoncée dans le muscle sterno-mastoïdien.

L’effet fut instantané, magique, et tandis qu’une demi minute avant nous opérions sur un corps comme mort, sans mouvement, ni respiration, ni pouls, froid, pâle et passif, des signes de souffrances, des soupirs se manifestèrent aussitôt que le courant électrique fut rétabli, le sterno-mastoïdien se contractait violemment, et il suffit de trois minutes pour rétablir la respiration.

Rien ne peut donc mieux montrer l’influence spécifique du courant sur les muscles respiratoires, le phrénique et le diaphragme, dont il est surtout important de rétablir l’action dans ces effrayants accidents anesthésiques.


Observation publiée par le Docteur KIDD in : " Dublin médical Press ", Page 318, 1863

Cette publication du Docteur KIDD dans "Dublin Médical Press "en 1863 (Page 318) est particulièrement instructive.

Elle mentionne tout d’abord le lieu : l’intervention avait lieu « à domicile », pratique courante à la campagne et même en ville chez les patients pauvres ne pouvant payer la clinique. La chambre à coucher avec son lit, ou la cuisine avec sa table étaient les lieux opératoires retenus. A condition de pouvoir disposer ,comme précisé, d’une pièce assez vaste, lumineuse et aérée.

Ensuite sont décrits les signes cliniques de l’accident, typiquement évocateurs d’une syncope blanche, « pâle », par opposition à la syncope bleue plutôt typique des accidents à l’éther. En cette année 1863, les accidents de la chloroformisation sont déjà bien connus des utilisateurs, puisque dès 1848, après le Décès de Anna Stork, s’était constitué à la Société de chirurgie, à l’initiative de Malgaigne, une commission d’étude spécifique. Au fil des années, l’hypothèse d’une défaillance cardiaque primitive fut évoquée dans divers travaux (cf. illustration ci contre)
La prise en charge clinique fait appel à l’ensemble des moyens physiques disponibles à l’époque : fumigations d’ammoniaque ou de tabac, aspersion de substances spiritueuses, flagellation, application de ventouses,respiration artificielle et trachéotomie..

Avec le développement de l’électrothérapie par Duchenne de Boulogne, les vertus thérapeutiques de l’électricité dans ces situations critiques, quoique fortement mises en doute dans le rapport final de Robert, semblaient garder la faveur de plusieurs auteurs tels Preterre, Ohnimus ou Abeille. Dans l’observation içi présentée, l’application de l’électricité est gratifiée de la réussite de la réanimation. ...