L’ anesthésie-réanimation moderne est donc née de la guerre. Chaque conflit conduit les médecins militaires à améliorer les techniques de réanimation de leurs blessés et leurs travaux font souvent autorité dans la pratique hospitalière civile : Aubaniac, professeur d’anatomie à Alger, crée en 1943 au sein de l’armée d’Italie la voie veineuse sous clavière, publiée par la suite en 1952 [5] ; Laborit et Huguenard préconisent en 1953 la neuroplégie chez les blessés d’indochine en association au remplissage vasculaire [6] ; Teshan, en Corée en 1954, jette les bases de l’hémodialyse prophylactique au cours des insuffisances rénales aiguës post-traumatiques [7] ; au Viêt-Nam, des moyens dignes d’un véritable Centre Hospitalo-Universitaire du temps de paix permettent aux médecins militaires américains d’étudier le syndrome de détresse respiratoire aigu de l’adulte et de proposer un traitement spécifique du " poumon de Da Nang ", repris par Ashbaugh en 1967 [8] ; Klebanoff, Hardaway, Cutler publient entre autres sur le traitement du choc traumatique, l’hémodilution, l’autotransfusion, la compression pneumatique circonférentielle, la coagulation intra-vasculaire disséminée, les solutés de remplissage [9,10, 11, 12]. Les progrès réalisés sont utilisés quotidiennement au sein des Service d’Aide Médicale Urgente (SAMU), au bloc opératoire et dans les services de réanimation et ont grandement contribués à faire reculer les limites de la chirurgie du temps de guerre comme du temps de paix.
L’évolution de ces techniques s’est fait progressivement et ce depuis très longtemps. Après un bref rappel des enseignements de nos grands anciens que sont Ambroise Paré puis les chirurgiens du premier Empire qui en furent les précurseurs, l’étude de l’évolution de la réanimation au cours des conflits armés s’intéressera en premier lieu au Service de Santé de l’armée française au cours de la première et de la seconde guerre mondiale, puis seront abordés les conflits en Indochine, en Algérie, au Tchad et plus récemment en ex-Yougoslavie. L’expérience des services de santé étrangers sera traitée ensuite avec l’évolution des techniques de réanimation au sein de l’armée américaine depuis 1917, les enseignements de la guerre des Malouines et des conflits israélo-arabes.
BIBLIOGRAPHIE
- 1. RAPIN M, Retrouver la vie, Robert Lafond ed, Paris, 1980, xxp.
- 2. BOLOT T, DAUSSET M. Chirurgie d’armée et réanimation. Afrique Chirurgicale Française 1944 ; 2 : 39-43.
- 3. DUCHESNE G. Historique de la transfusion sanguine aux armées. Médecine et Armées 1984 ; 12 : 13-14. - 4. DELEUZE R, Généralité sur l’anesthésie, in : Médecine d’urgence, anesthésie, réanimation, Masson ed, Paris, 1981, pp 94-5. - 5. AUBANIAC R. L’injection intraveineuse sous claviculaire. Presse Médicale 1952 ; 60 : 1456.
- 6. PETREQUIN X. La thérapeutique neuroplégique en chirurgie de guerre. Hibernation artificielle et déconnexion neuro-végétative d’après l’expérience acquise en Indochine. Leconte ed, Paris, 1957, 133p. - 7. TESHAN PE et coll. Post traumatic renal insufficiency in military casualties. American Journal of Medecine 1955 ; 18 : 172-186. - 8. ASBAUGH DG. Acute respiratory distress in adult. Lancet 1967 ; 319-323. - 9. KLEBANOFF G, WATKINS D. A disposable auto transfusion unit. American Journal of Surgery 1968 ; 116 : 475-6.
- 10. HARDAWAY RM. CIVD, a cause of shock. American Journal of Surgery 1959 ; 149 : 462-70.
- 11. HARDAWAY RM. Changing concepts of resuscitation in US Army. Military Medecine 1976 ; 141 : 149-56. - 12. CUTLER BS, DAGGET WM. Application of the G-Suit to the control of hemorrage in massive trauma. Annales of Surgery 1971 ; 173 : 511-4.


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