CLub de l'Histoire de l'Anesthésie et de la Réanimation

Une année d’anesthésie lombaire à la novocaïne en 1910

Bardet Godefroy Edouard (1852-1914) , Pouchet Anne Gabriel (1851-1938 , Brissemoret Alphonse , Kaufmann Maurice (1856-1924)

date de publication : 1910

  mise en ligne : jeudi 13 mars 2008


En 1910, cinq auteurs commentent le travail d’un chirurgien, le dr Chaput, qui a relaté son expérience de la novocaine en anesthésie lombaire dans la Gazette des Hôpitaux

MM. G Bardet, G. Pouchet, A. Brissemoret, M Kaufmann et J. Chevalier

Les Nouveaux Remèdes (1910)
Journal bi-mensuel de pharmacologie, de thérapeutique, de chimie médicale et d’hydrologie. Tome vingt-sixième, P 265-267,Paris, O DOIN et FILS, éditeurs


Sous "le" titre : Une année d’anesthésie lombaire à la novocaïne , M CHAPUT raconte dans la Gazette des Hôpitaux (26 avril1910) sa campagne chirurgicale de 1909 à l’hôpital Lariboisière, au cours de laquelle il a eu l’occasion de pratiquer l’imposant total de 405 anesthésies lombaire au moyen de la novocaïne, médicament qui tend de plus en plus à remplacer la cocaïne et ses autres succédanés.

Cette statistique se décompose d’après le tableau suivant :

sur l’homme sur la femme Total
Membres inférieurs 90 19 109
Périnée 57 13 70
Hernie 89 28 117
Abdomen 15 85 100
Thorax 4 3 7
Cou 2 0 2
Total 405

Les opérations sur les membres inférieurs et le périnée comprennent non seulement de grandes opérations (amputations, hystérectomies) mais aussi de très bénignes, telles que l’ongle incarné, car "la novocaïne lombaire, dit Chaput, est sensiblement aussi bénigne que l’anesthésie locale", de sorte qu’il trouve utile et bien plus sûr de faire une injection lombaire plutôt qu’une vaporisation de chlorure d’éthyle.

Les malades excitables, dont les femmes, refusent souvent la rachianesthésie. Les suppurations aiguës et fébriles sont de mauvais cas, l’opéré souffre presque toujours. Pour tous ces malades, , il est préférable de ne pas prendre la novocaïne et de s’adresser immédiatement à l’anesthésie générale.

La mortalité a été nulle pour tous ces cas, et cependant l’auteur a traité même des cardiaques, beaucoup de vieillards, pour lesquels la stovaïne eût été formellement contre-indiquée. La seule contre indication acceptée par Chaput pour la novocaïne, c’est la mort imminente ou, comme il a été dit plus haut, la suppuration aiguë et fébrile, mais dans ce dernier cas, parce que le malade crie et s’agite et non parce qu’on a crainte d’intoxication.

Les suites de l’anesthésie lombaire par la novocaïne se sont montrées bénignes tandis qu’avec l’anesthésie générale on a toujours à craindre une intoxication rénale et hépatique. A ce point de vue, M. Chaput fait ressortir que sa mortalité opératoire a baissé sensiblement depuis qu’il emploie régulièrement l’anesthésie lombaire par novocaïne.

Comme accidents attribuables à l’injection lombaire, l’auteur cite quelques vomissements , mais surtout dans les cas de laparotomie, et toujours faciles à enrayer. Il n’a pas eu l’occasion de constater la syncope, mais seulement parfois de la pâleur de la face et du ralentissement du pouls, phénomènes faciles à traiter par la caféine. Les cas de rétention d’urine furent rares et limités aux opérations sur le périnée ou la hernie. Pas d’anesthésie générale consécutives , pas de paralysie, pas de vomissements.

On reproche à ce système d’anesthésie ses nombreux échecs.

M Chaput n’en a eu que 12, dont 6 sur l’homme et 6 sur la femme. Toujours il s’agit de malades peureux et excitables. L’effet de l’entourage est important : si la salle considère par tradition l’anesthésie lombaire comme suivie de bons résultats, l’opéré se laisse aller et ne souffre pas ; il résistera et sera au contraire insupportable , s’il a été mal prévenu. Il est donc très important de veiller à persuader le malade, et l’autorité du médecin aura pour cela une grande importance.

Les seuls cas d’insuccès réellement dus à la méthode se rapportent à des opérés atteints d’affection situées trop haut, cou, sein par exemple, mais dans d’autres cas tout semblables l’anesthésie fut excellente ; il est donc possible de généraliser et, quand l’anesthésie générale présentera des inconvénients, on pourra toujours essayer la novocaïne, quitte à recourir au chloroforme si c’est nécessaire ensuite. Mais quand il s’agit d’opérations élevées, chez des malades qui n’ont rien à craindre de l’anesthésie générale, M. Chaput conseille de préférer le chloroforme. Au contraire, dans les opérations sur les parties situées au dessous de la ceinture, M. Chaput se déclare partisan de l’injection lombaire de novocaïne.

Pour le manuel opératoire conseillé, nous citons intégralement :
" L’aiguille est à long biseau, à trou latéral ; je l’emploie munie d’un mandrin incomplètement enfoncé. Lorsqu’elle a pénétré au delà des ligaments jaunes, j’enfonce le mandrin à fond pour assurer la perméabilité de l’aiguille, et aussitôt après je le retire et le liquide s’écoule presque toujours.

" J’ai rencontré très souvent des ossifications des ligaments interépineux qui existent en plaques ; dans l’intervalle de ces plaques, on peut souvent glisser l’aiguille ; d’autres fois, on est obligé de changer d’espace interépineux. J’ai remarqué que l’espace lombo-sacré n’était presque jamais ossifié. On s’y portera en cas de difficultés à passer plus haut.

" J’ai évacué constamment 10 cc. De liquide céphalo-rachidien, afin d’éviter l’hypertension consécutive.

" La solution anesthésique est de la novocaïne à 4p. 100 sans aucune addition. Je redoute particulièrement l’adrénaline qui a plusieurs fois occasionné des gangrènes cutanées entre les mains d’autres chirurgiens.

" La dose de novocaïne injectée a été de 6 à 8 centigrammes : 6 centigrammes pour les opérations basses, 8 centigrammes pour les laparotomies ; un sein cancéreux a été enlevé avec 10 centigrammes (anesthésie lombaire). "