CLub de l'Histoire de l'Anesthésie et de la Réanimation

Evolution du Transport sanitaire d’urgence au cours des conflits armés

Rüttiman R , Kowalski J.J.

  mise en ligne : samedi 19 avril 2008


INTRODUCTION

En France, les transports sanitaires d’urgence, assurés par les Unités Mobiles Hospitalières des SMUR et les Ambulances de Réanimation de la Brigade de Sapeurs-Pompiers de Paris et du Bataillon de Marins-Pompiers de Marseille, sont précoces, rapides, confortables et médicalisés. Ces caractéristiques sans lesquelles l’évacuation n’est plus qu’un simple transport, parfois même une véritable blessure supplémentaire, sont le fruit d’une évolution qui est indissociable des progrès réalisés à l’occasion de chaque conflit armé. C’est cette évolution que nous nous proposons de suivre à travers les périodes marquantes de notre histoire.

Iconographie : Transports sanitaires

I-De l’antiquité à 1870.

Déjà dans l’antiquité existait au VI° siècle un corps de cavaliers romains chargés d’évacuer les blessés lors des combats contre les barbares. Les guerres de religion virent la création d’ambulances militaires au rôle identique. Mais il faut attendre deux siècles encore pour voire apparaître la première prise en charge médicalisée sur le champs de bataille lors des guerres napoléoniennes. Si La campagne d’Egypte vit des blessés transportés à dos de chameaux dans des nacelles individuelles, l’ " Ambulance volante ", créée par Larrey en 1797 dans l’armée d’Italie, disposait de voitures à chevaux transportant de deux à quatre blessés tandis que le " Wurst ", créé par Percy en 1799, était un caisson d’artillerie capable d’amener rapidement le chirurgien et ses aides. Percy imagina également un brancard démontable dont chaque élément était constitué de la lance d’un brancardier. Celui-ci était de plus équipé de moyens de soins à l’intérieur de son shako.
Plus tard en 1870, aurait eu lieu la première évacuation sanitaire aérienne en ballon lors du siège de Paris sans certitude cependant.

II- La grande guerre

Au début du conflit, chaque unité disposait de véhicules hippomobiles destinés à évacuer les blessés sur les ambulances divisionnaires où était pratiqué le classement des blessés (on ne parlait pas encore de triage) avant leur évacuation par voie ferrée sur les hôpitaux de l’arrière. La brutalité des engagements entraîna rapidement un afflux de blessés qui furent évacués sur de longues distances dans des conditions désastreuses.
Le combat devenant fixe, le problème majeur devint celui du ramassage des blessés entre les lignes par les brancardiers. Les blessés étaient ensuite transportés du poste de secours jusqu’à de véritables formations de traitement de l’avant, installées hors de portée de l’artillerie. Ces formations devirent mobiles en 1916, s’implantant selon les circonstances puis automobiles en 1917. Cette même année, le médecin aide major Chassaing modifia un appareil de combat en vue du transport de blessés mais celui-ci ne fut utilisé que plus tard.
Sur le front oriental, de nombreuses évacuations sanitaires furent effectuées par des navires hôpitaux.

III- L’entre-deux guerre

C’est l’expérience de la grande guerre qui permit en 1924, grâce au médecin commandant Cot, de voir le Régiment de Sapeurs-Pompiers de Paris se doter du premier service médical d’urgence au profit des brûlés mais aussi des nombreux intoxiqués à l’oxyde de carbone du Paris insalubre d’après guerre. Sont apparues alors des notions tout à fait modernes comme la rapidité d’intervention, la médicalisation des soins avant tout transport à l’aide du poste de secours mobile pour asphyxiés, enfin, le transport en milieu hospitalier à l’aide d’une voiture automobile spécialement aménagée sous surveillance médicale.
Cette période vit également le début de l’aviation sanitaire en liaison avec le service de santé de l’armée de l’air en Afrique du Nord et au Proche Orient. Plus tard, lors de la guerre d’Espagne, l’aviation allemande fit la démonstration des possibilités d’évacuations aériennes massives.

IV- La deuxième guerre mondiale.

Au début de la guerre, il existait encore de nombreux véhicules sanitaires hippomobiles et les évacuations sur l’arrière reposaient sur les trains sanitaires. Alors qu’on s’attendait à une guerre défensive avec des pertes modérées, l’Armée Française perdit en un mois 92 000 tués et 120 000 blessés difficilement pris en charge du fait du déplacement incessant des combats, des liaisons incertaines, de l’encombrement des routes par les réfugiés et de la désorganisation des chemins de fer rendant les évacuation par voie ferrée impossibles.
Plus tard, à partir de 1943, l’équipement en matériel américain de la 1ère Armée Française répondit avec une grande richesse à la nécessité d’adapter le Service de santé aux impératifs d’une guerre moderne. Les évacuation se firent essentiellement par voie routière dans cette armée entièrement motorisée, même si le recours aux cacolets à dos de mulet fut cependant utile en Italie. La campagne de Tunisie vit l’utilisation d’avion sanitaires Goéland, remplacés plus tard en Italie et en France par des DC3, capables de transporter 20 blessés couchés, utilisés enfin pour le rapatriement des déportés. En outre, plus de 26 000 blessés et malades bénéficièrent d’évacuation secondaires en Algérie par voie maritime.

V. La guerre d’Indochine

Dans ce pays du jungle, le brancardage, ce classique moyen de ramassage présent sur tous les champs de bataille, était parfois le seul moyen d’évacuation possible dans les zones isolées vers un terrain d’atterrissage praticable.
On disposait d’ambulances américaines lourdes mais robustes ainsi que des classiques jeeps porte-brancards mais la rivière rendit de grands services avec la création de crabes (blindé amphibie) et de péniches sanitaires.
C’est cependant la voie aérienne qui se développa le plus avec l’apparition du ramassage héliporté dès 1950, tout d’abord à l’aide du Hiller 360, petit biplace transportant deux blessés dans des nacelles extérieures, remplacé plus tard par les Sikorsky S 51 et S 55 à quatre blessés couchés dans la carlingue. Avant leur introduction en Indochine, le Morane MS 500, qui transportait deux blessés couchés dans l’habitacle, était le seul moyen d’évacuation primaire. Les évacuations secondaires, assurées au début par de vieux Junkers 52 à 8 blessés couchés furent assurées par la suite par les DC3, en particulier lors de la bataille de Diên Biên Phu en 1954. Les évacuations tertiaires sur la métropoles furent effectuées par voie aérienne mais surtout par voie maritime.

VI. La guerre d’Algérie

La guerre d’Algérie fournit l’occasion de profiter largement de l’expérience acquise en matière d’EVASAN en Indochine et en Corée. Chaque fois que possible, en effet, l’hélicoptère (Bell H19, Alouette II, Sikorsky H 34) ou l’avion léger Broussard permirent des transports rapides quand les conditions météo le permettaient. Les évacuation sur la métropole étaient assurée par DC 3 ou Nord-Atlas, certaines sous ventilation contrôlée.
La guerre d’Algérie fut l’occasion de pratiquer les techniques modernes de la médecine d’urgence par de nombreux médecins d’active et du contingent qui les appliquèrent à leur retour en métropole aux accidents de circulation et qui furent donc les précurseurs de la médicalisation du transport d’urgence en France.

VII. La période actuelle

Si le décret portant la nécessité de doter les centres hospitaliers de moyens mobiles de secours ne date que du 2 décembre 1965, il faut attendre 1967 pour voire apparaître le premier Service d’Aide Médicale Urgente à Toulouse (Pr Lareng), officialisé en 1968 . D’autres expériences sont réalisées avec succès à Nancy (Pr Larcan), et à Montpellier (Pr Serre), mais les premiers transports médicalisés primaires réalisés en région parisienne le sont par la BSPP puisque la première Ambulance de Réanimation date de novembre 1967, le Service du Pr Cara s’occupant essentiellement au début des transports interhospitaliers de patients sous ventilation artificielle.

VIII. CONCLUSION

Le concept de médicalisation des urgences s’est à nouveau transposé en pratique militaire avec le développement du véhicule de l’avant blindé (VAB) de réanimation, utilisé en ex-Yougoslavie et le recours à des évacuation aériennes secondaires rapides sur la métropole à l’aide de jets de type Falcon 50 ou 900 analogues à ceux utilisés par les sociétés de rapatriement sanitaire.