... Mais il y aura toujours de la fièvre puerpérale, la femme enfantera toujours dans la douleur...Et la douleur.. la douleur.., me rappelle quelque chose. Avez-vous entendu parler de l’éther ?
– J’ai été très occupé...
– Hé bien, il semble que la vogue s’en répande connue un feu follet. Quelques bouffées, et, d’après ce que l’on raconte, la patiente est morte au monde, ne sent rien, vous pouvez la découper en lanières , au moment où elle reviendra à elle, elle vous demandera si vous avez l’intention de commencer bientôt.
– L’Ether ? Juste l’éther ordinaire ? Celui dont on donne à boire une cuillerée à café dans un demi-verre d’eau pour apaiser les maux de téte et calmer les spasmes.
– Ce méme éther. Un Américain est tombé là -dessus par hasard. Au lieu d’en mettre 15 ou 20 gouttes dans le verre d’eau que nous octroyons au malade - et nous n’avons guère fait plus que je sache - il met l’éther largement sous le nez du patient, lui en fait sentir et respirer, et voilà l’autre complètement insensible, inconscient.
– C’est incroyable ! Etes-vous sà »r ? II doit y avoir quelque écueil..
– Non. Aucun. Les Américains s’en servent tous, les Anglais s’y sont mis, les Français en sont coiffés, et il n’y a que peu de mois qu’on l’a découvert, A Londre, le grand Simpson l’emploie pour les femmes en travail. Quelques bouffées, et elles ne sentent
plus les douleurs. Cela va permettre un développement formidable de la chirurgie
– Non. ce n’est pas possible
– Si ! C’est,
– Mais il nous en faut I Mais nous devons essayer demain. Cela signifie la fin des souffrances de tant de pauvres créatures
– Pourtant il y a eu quelques morts sous l’éther.
– Aha !
– Et c’est encore nouveau.
– Nouveau, c’est vrai nouveau... Alors n’y pensons plus. C’est réglé d’avance. Je m’entends dire :
– Professeur Klein, je vous apporte un remède nouveau. Les plus grands médecins du monde l’utilisent.
Et je l’entends, lui :
– Nouveau, avez-vous dit ? Nouveau, docteur Semmelweis ? Et vous dites vous-méme qu’elles en meurent Mais voilà votre réponse, docteur Semmelweis, elles meurent bien suffisamment comme cela !... Cela soulage la douleur ? Et bien, et après ? Qu’est-ce, en somme, que la douleur ? Les femmes ne meurent pas parce qu’elles soufrent.
Non, Bartsch. . Perdons l’espoir de nous servir de cet auxiliaire là . Ce qui est nouveau n’est pas pour nous.
Et, plus accablé d’avoir connu cette minute de folle espérance. il quitta Bartsch et rentra chez lui d’un pas trainant.